Emplois indirects liés au nucléaire: statistiquement, les arguments de Nicolas Sarkozy ne font pas le poids

Nicolas Sarkozy a compris que le nucléaire serait un des thèmes incontournables de la campagne de 2012 et entend bien défendre et entretenir la doxa française dans ce domaine. Il était aujourd’hui en déplacement à la centrale nucléaire du Tricastin dans la Drôme pour réaffirmer – pour la troisième fois en une semaine – son soutien à la filière nucléaire française.

Michèle RIVASI, eurodéputée EELV et co-fondatrice de la CRIIRAD, est notamment membre de la CLIGEET (Commission Locale d’ Information sur les Grands Equipements Energétiques du Tricastin).

Elle s’étonne de l’entêtement du Président à vouloir jouer le VRP de la filière nucléaire française contre l’avis même de la majorité des Français: 

Aussi Michèle RIVASI s’étonne de la désinformation autour du coût de l’énergie nucléaire: « En brandissant l’argument massue du coût de l’électricité qui augmenterait de 50% en cas de sortie du nucléaire, le Président oublie de dire que ce coût augmenterait malgré tout de 33% dans le cas du maintien de la filière. De toute façon, le débat sur le coût du nucléaire n’a que peu de sens puisque l’on ne connaît toujours pas le coût final du stockage des déchets ni du démantèlement: on sait juste qu’il est colossal et que les estimations ne font qu’augmenter. Attendons l’audit de la Cour des comptes pour présenter ces chiffres aux Français. »

Mais le plus invraisemblable reste l’argument des emplois indirects liés à l’énergie nucléaire: « Il est faux d’avancer que 500 000 emplois dans les industries intensives en électricité (IIE) seraient menacés de disparaître en cas de sortie du nucléaire. Eurostat nous permet d’apprécier la valeur de ce mensonge: au niveau européen, on constate une baisse de l’emploi statistique dans ce secteur, peu importe le prix de l’électricité. L’évolution de l’emploi n’a rien à voir avec le prix de l’électricité: en Italie l’emploi dans les IIE s’est maintenu malgré une hausse du coût de l’électricité par exemple. En fait les emplois perdus sont liés à l’automatisation des tâches, et justement augmenter le prix de l’énergie c’est favoriser l’investissement dans le capital humain. »

 Prix de l’électricité hors TVA pour les clients industriels en €/kWh, consommation de 2000 MWh/an. Emploi dans les IIE (industries intensives en électricité) : chimie, métallurgie et papier (indice 1 en 1995)

Impact du prix de l’électricité sur l’emploi dans les industries intensives en électricité: comparaison entre différents pays européens

 

« De toute façon à terme ces emplois seront substitués par d’autres, si l’on fait preuve de volonté politique. Contrairement à ce qu’a pu laisser penser Nicolas Sarkozy dans son discours, les écologistes ne souhaitent pas 30 000 éoliennes en substitution aux centrales nucléaires mais un investissement massif dans l’efficacité énergétique et les économies d’énergie, secteurs qui représentent un gisement de centaines de milliers d’emplois qui réduiront notre consommation et notre facture électrique. Nous avons une grande chance à saisir en Vallée du Rhône, avec la diversité des sources d’énergies renouvelables exploitables (eau, soleil, vent, biomasse) »

Et Michèle RIVASI de conclure: « Il faut arrêter de faire croire aux Français que les écologistes n’ont que faire des enjeux industriels et humains, c’est faux. Plus que quiconque je me suis battue pour faire reconnaître les droits des salariés du nucléaire. Plus que n’importe quel autre parti, EELV sera à même de mener à bien la destruction créatrice d’emplois que signifiera la sortie du nucléaire. Nous n’oublions pas les hommes et les femmes qui ont donné leur vie à cette industrie et nous leur trouverons des emplois à la hauteur de leurs compétences. En temps qu’élue du Sud-Est je ne veux en aucun cas avoir à porter la responsabilité d’un accident nucléaire, c’est pourquoi plus que jamais j’affirme la nécessité de fermer le site du Tricastin. »

Michèle RIVASI, eurodéputée EELV.

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